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À Madagascar, la tentation autoritaire de la transition

Depuis quelques jours, plusieurs ONG malgaches, ainsi qu’Amnesty International, se sont faites l’écho des arrestations « arbitraires » de militants de la Gen Z, le mouvement à l’origine de la chute du précédent gouvernement. Atteintes à la liberté d’expression, arrestations arbitraires, chasse aux sorcières : la Grande Île est-elle sur le point de basculer dans l’autoritarisme ?

Nous sommes dans la nuit du 12 avril 2026. Des voitures aux vitres fumées et dépourvues de plaques se rendent au domicile de quatre membres de la Gen Z. Placés en détention, ils sont accusés d’« atteinte à la sûreté de l’État », d’« association de malfaiteurs » et de « trouble à l’ordre public ». La stupeur s’installe dans la société civile malgache. Depuis, deux militants ont été libérés, mais les autres sont toujours détenus. La secrétaire générale du Collectif des citoyens et des organisations citoyennes à Antananarivo résume l’état d’esprit général : « On est quand même dans l’inquiétude, voire dans la peur, parce qu’on voit diverses arrestations de jeunes et on ne comprend pas forcément ces arrestations. »

Gen Z, la révolution volée

Depuis plusieurs semaines, la Gen Z exprime son mécontentement. La transition, dirigée par la junte du colonel Randrianirina, ne répond pas à ses attentes. Les délestages d’électricité — cause initiale des émeutes de septembre 2025 — ont repris, aggravant la situation. Pire, la Gen Z, depuis six mois, se sent de plus en plus dépossédée de sa révolution. La concertation nationale promise n’a toujours pas eu lieu. Pire encore, la junte reste évasive sur l’organisation des prochaines élections, malgré les pressions de la SADC et de l’Union africaine.

Elliot Randriamandrato, porte-parole du mouvement, résume l’état d’esprit des jeunes à l’international : « Nous nous sentons trahis et nous n’avons plus confiance. La refondation promise reste jusqu’à présent invisible, et la jeunesse n’est quasiment pas consultée. » Ces dernières semaines, en réponse à l’enlisement de la situation, la Gen Z radicalise ses revendications en demandant la dissolution de plusieurs institutions : l’Assemblée nationale, la Haute Cour constitutionnelle et la Commission électorale nationale indépendante.

Dans un pays où près de la moitié des 18-35 ans sont au chômage, la situation est explosive. Si une rencontre avec le Premier ministre doit avoir lieu le vendredi 24 avril, rien ne garantit qu’elle débouchera sur des avancées concrètes, compte tenu des postures irréconciliables.

La tentation autoritaire

Les arrestations récentes, présentées comme des mesures de sécurité, sont perçues comme une tentative de museler toute opposition, alors même que les manifestations contre la gestion du pouvoir se multiplient. Il ne s’agit pas d’une perception locale ou cantonnée à l’opposition : Amnesty International partage ce diagnostic.

Selon Tigere Chagutah, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe de l’ONG : « Les autorités malgaches recourent à des accusations délibérément vagues de complot criminel, de menace à la sécurité nationale ou de déstabilisation de l’État, en vue de réduire au silence les militant·e·s de la Génération Z et les membres de la société civile. »

De facto, les voix dissonantes sont de plus en plus réprimées. C’est le cas du colonel Patrick Rakotomamonjy, arrêté il y a quelques jours. Ancien président du « Bureau des doléances » — chargé de lutter contre la corruption entre novembre 2025 et janvier 2026. En mars, il avait dénoncé des pratiques douteuses au sein de la junte malgache. Quelques semaines plus tard, il était accusé de fomenter un coup d’État. Or, selon la garde des Sceaux malgache, les quatre membres de la Gen Z arrêtés le 12 avril auraient eu des liens avec lui.

Ce type d’accusation n’est pas brandi pour la première fois par la junte. Il semblerait donc que la chasse aux sorcières, qui visait jusqu’ici les proches de l’ancien président Andry Rajoelina, s’étende désormais à toutes les voix dissidentes. Parallèlement, l’armée prend progressivement le contrôle de l’appareil d’État.

Une garde prétorienne ?

Fébrilité de l’armée face à une situation politique qui la dépasse, ou consolidation du pouvoir des militaires par la force ? Seul l’avenir le dira. Mais tous les signaux sont au rouge. Dès lors, le partenariat sécuritaire signé avec la Russie, couplé à l’installation de mercenaires de l’Africa Corps — officiellement pour une mission de formation — commence à prendre une teinte plus inquiétante. En effet, il y a 6 mois, le président Andry Rajoelina n’avait pas fait appel à des combattants étrangers. Or, au regard du passif russe au Sahel ou en Centrafrique, la question de la mission réelle de ces mercenaires mérite d’être posée : simple coopération ou garde prétorienne destinée à protéger le régime face à une nouvelle vague de contestation ?

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