Le Conseil d’Etat vient de jeter un pavé dans la mare à Abobo-Baoulé en procédant à l’annulation de l’arrêté préfectoral attribué à un Chef du village pour la simple raison que le Doyen d’âge n’a pas donné son onction au nouveau Chef.
E d’autres termes, le problème tel que posé est le suivant: MonsieurAKRE Marc Nandjui voit son arrêté annulé par le Conseil d’Etat parce que ce dernier n’a pas été oint par le Nanan.
De cette problématique ressort le rôle même du Nanan dans la cosmogonie Ebrié.
En effet, dans la tradition Atchan, le Nanan ou Doyen d’âge est la personne la plus âgée de la communauté, faisant de lui la plus haute autorité morale et coutumière. Il est le garant des traditions, dont l’avis prime sur toutes les décisions du village, notamment la gestion des terres et l’intronisation des chefs.
Il est la personne la mieux écoutée, dont l’onction est nécessaire pour toute action importante dans le village. Il donne son avis sur les questions de terres et la désignation du chef de village doit être cautionnée par lui.Le Nanan incarne la sagesse et la cohésion sociale, agissant au-dessus des classes d’âge et générations. Il est impartial dans sa prise de décision. Cependant, toutes les décisions qui sont prises par le Nanan ne découlent de son seul ressort. Ce sont des décisions issues d’un collectif collégial composé de sage parce que le Nanan peut ne pas être en possession de toutes ses facultés.
Le Nanan ne décide pas, n’impose pas. Il est un garant moral qui se soumet au décisions du collectif. Le Nanan ne peut pas s’opposer au choix d’un Chef désigné par le village. Le Nanan ne peut jamais assigné un natif du village en justice parce que tout se règle sur la place publique. Dans l’entendement traditionnel, la justice est considérée comme une atteinte à la vie et à la dignité humaine. Mêmes les crimes les plus odieux sont traités à Gbêgrê-Koumin (la place publique).
Dans le cas d’Abobo-Baoulé, le Nanan a-t-il mené des démarches auprès des parties en conflit en vue d’un reglement sous l’arbre à palabre? Non.
Il est vrai que le Nanan, selon les témoignages, très âgé, n’est pas en possession de toutes ses facultés, mais l’attitude adoptée dans le cas de crise dans son village est partisane et ne réflète pas son rôle d’impartialité.
A travers son acte, il contredit ou du moins, prend à contrepied la loi coutumière.
Il se pose donc le non respect des coutumes pour deux raisons: le refus de faire la prière du Chef désigné et le choix de recourir à la justice.
L’humiliation de l’administration par le Conseil d’Etat
Le Conseil d’Etat est une juridiction mais une juridiction administrative. Cela suppose qu’elle a pour objectif, dans toutes ses décisions, de tenir compte de la stabilité suscitée par celles-ci. Un arrêt pris, règle-t-il définitivement le problème ou l’amplifie-t-il davantge?
Annuler l’arrêté d’un préfet suppose que le Préfet n’a pas fait son travail. C’est un travail de complaisance qu’il a réalisé, sans tenir compte des coutumes. Mais le Préfet a-t-il obligation de tenir compte des coutumes?
En effet, le rôle du préfet est de venir enteriner le choix déjà fait par les populations à travers la consultation populaire. Il le fait lorsqu’il se rend compte que le processus coutumier s’est achevé par le choix du Chef.
Mais il prend toujours le soin d’interroger le Nanan et certaines entités importantes du village. Si l’arrêté a été attribué à l’honorable AKRE Marc Nandjui, c’est compte tenu du constat fait par le préfet sur le terrain.
Le Conseil d’Etat, saisi pour, dit-on, non-respect de la coutume devait alors se déclarer incompétent puisqu’il n’existe pas de document écrit décrivant la coutume. Cette coutume n’est connue que par les seules populations du villages parce qu’elle est orale et prête à interprétation.
La stabilité du village mise à mal
Le village d’Abobo-Baoulé connait depuis plusieurs mois, voire deux années une stabilité sans pécédent. Les populations vaquent à leurs occupations et les activités coutumières fonctionnent normalement. De nombreux dissidents ont fini par rallier les rangs de la chefferie en place. Le Chef du village prend part à toutes les activités conformément aux coutumes et représente le village partout.
C’est à Abobo-Baoulé que l’ensemble des Chefs de villages d’Abobo se sont retrouvés à la demande du Maire de la commune pour lancer le mot d’ordre de paix bien avant la préidentielle.
C’est encore au Palais de la Chefferie d’Abobo Baoulé que s’est déroulée la présentation de la candidature du Ministre d’Etat, Ministre de la Défence, M. Tené Birahima Ouattara, aux chefs traditionnels de la commune d’Abobo et son intégration officielle à la génération Tchagba. En décembre 2025, le peuple Atchan d’Abobo l’a honoré du nom traditionnel « Akré Ko », signifiant « Akré le Grand », symbolisant son intégration et la confiance placée en lui.
Malgré cette stabilité retrouvée, au prix de consultations et de rapprochements initiés par l’honorable AKRE Marc Nandjui, le Conseil d’Etat, à travers son arrêt, vient de plonger le village dans une nouvelle crise. Parce que ceux qui sont au pouvoir ne se laisseront pas aussi faire.
Dans tous les cas, comme l’a bien signifié un autre Chef de village, le Conseil d’Etat a annulé l’arrêté préfectoral mais il ne peut annuler la désignation du Chef du village par ses pairs.
C’est le lieu d’interpeller les autorités politiques, judiciaires et administratives sur la nécessité de prévenir les crises que de les créer. Le cas d’Abobo Baoulé en est un exemple.
Pour ce faire, il y a lieu que l’arrêt du Conseil d’Etat soit exceptionnellement annulé. En principe, les arrêts du Conseil d’État, juridiction suprême administrative, sont définitifs et revêtent l’autorité absolue de la chose jugée. Ils ne peuvent pas faire l’objet d’un appel. Cependant, une annulation est exceptionnellement possible via des recours spécifiques comme la révision (pièces fausses ou décisives omises) ou le recours en rectification d’erreur matérielle.
Dans le cas d’Abobo Baoulé, il y a certes l’impératif de la stabilité mais surtout la rectification d’erreur matérielle liée à la responsabilité coutumière du Nanan.
Léon SAKI