« Tu te rappelles quand quelqu’un m’avait acheté un faux maillot de United et que j’avais écrit Ronaldo 7 dans le dos au marqueur noir ? Tu te rappelles quand on s’asseyait et qu’on rêvait d’aller vivre en France ?
Qu’on irait faire du shopping et qu’on aurait notre propre appartement, que je serais un footballeur riche avec des voitures et une grande maison et tu n’aurais à te soucier de rien.
Tu étais celle qui a toujours cru que je serais le prochain Cristiano, quand tous les autres rigolaient.
Ils m’ont mis à l’essai à Bournemouth, à Chelsea, aux Rangers, à l’Olympiakos, à Crystal Palace… Même les équipes réserves de MLS ne voulaient pas de moi.
Je ne savais même pas pourquoi. Mon visa a expiré. Mon rêve a pris fin. Ils m’ont renvoyé en Afrique et on a pleuré ensemble.
Tu étais la seule qui n’a jamais cessé d’y croire. Quelques semaines plus tard, j’ai signé à Leganés et on a pleuré des larmes différentes.
Aujourd’hui, je ne ressens rien. C’est comme si je n’étais même plus humain. Depuis que tu es morte, je suis juste vide.
J’ai décroché et ils n’ont même pas cherché à atténuer le choc. Pas d’émotions. Juste : « Ta sœur est partie. » Quelqu’un a mis quelque chose dans son verre à une fête et elle ne s’est jamais réveillée. Elle est partie. Tu avais 15 ans. 15 ans.
Demain, on part pour la Coupe du Monde. Pour de vrai. Ton frère va jouer pour la Côte d’Ivoire, comme Drogba, comme Yaya, comme Gervinho.
À chaque fois que je marque un but, je vais faire en sorte que tout le monde connaisse ton nom. Je vais accomplir ce que tu avais prédit, je le jure. Je prouverai que tu avais raison ou je mourrai en essayant. »