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L’honorable Adja Amani Steve Hervé, Chef du village d’Akwai-Santai:”notre priorité reste la sécurité foncière »

Dans cet entretien, l’honorable Adja Amani Steve Hervé, Chef du village d’Akwai-Santai (situé dans la commune de Bingerville)invite le Conseil d’Etat à préserver la paix sociale dans ses prises de décision relatives aux litiges de chefferie dans les villages.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Monsieur Adja Amani Steve Hervé, Directeur des ressources humaines de l’Université Nangui Abrogoua d’Abidjan. Je suis également conseiller du gouverneur du District d’Abidjan. Par ailleurs, je suis chef guerrier de la catégorie Tchagba, génération Tchaba.

Si vous deviez présenter et “vendre” votre village, que diriez-vous de particulier ?

Akwaï Santai est le premier village que l’on rencontre en entrant à Bingerville, à partir du carrefour Abatta, aujourd’hui bien identifié comme un véritable carrefour urbain.

Nos limites s’étendent jusqu’à Dahlia Fleur. C’est un village historiquement riche, détenteur de vastes terres. Aujourd’hui, comme vous le savez, nous n’avons plus de terre, l’administration a tout pris. EMPT, orphelinat, la Sous-Préfecture, le jardin Botanique, Lycée Garçon, Mamie Faitai, sont nos terre à l’origine. Mais disons dans l’ensemble qu’ il fait bon vivre.

Selon vous, quelles sont les causes profondes de ces crises ?

Les crises sont inhérentes à la vie humaine. Même au sein d’une famille, des tensions peuvent surgir. Cependant, aujourd’hui, la principale cause est le non-respect de la coutume. Nos parents n’étaient pas allés à l’école, mais ils respectaient profondément les règles traditionnelles.

Nos coutumes ne sont pas écrites, mais elles sont connues et transmises. Or, dans chaque village, il existe une procédure claire pour accéder à la chefferie. Le problème survient lorsque certains recherchent les avantages liés à la fonction sans en respecter les fondements traditionnels.

Quelles solutions proposez-vous pour prévenir durablement ces conflits ?

La clé, c’est la transparence et la communication. Tout ce que nous gérons appartient au village. Il est donc indispensable de faire un bilan annuel, de rendre compte à la population.

À Akouaï Santai, nous faisons ce bilan chaque année en février. Les critiques sont normales et même nécessaires. On ne peut pas gouverner sans critiques. Mais lorsque l’information circule et que la gestion est claire, les conflits diminuent considérablement.

Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?

La principale difficulté concerne les conflits fonciers. Chaque terrain a une histoire. Lorsqu’un terrain est vendu, il existe toujours un projet de lotissement, un géomètre et une reconnaissance villageoise. Le problème survient lorsque des individus présentent uniquement des documents administratifs sans reconnaissance des acteurs locaux. Pourtant, au village, nous connaissons les véritables propriétaires de chaque parcelle.

L’attestation de droit d’usage (ADU) et l’Arrêté de concession définitive (ACD) doivent refléter l’histoire réelle du terrain. C’est pourquoi le chef du village doit être l’unique personne habilitée à transmettre les listes au ministère de la Construction, afin d’éviter les conflits.

Quels sont vos grands chantiers pour les années à venir ?

Notre priorité reste la sécurité foncière. Nous avons signé un contrat avec un opérateur pour sécuriser nos terres. Nous privilégions les baux emphytéotiques, avec des constructions qui reviennent au village après 20 ans. Pour 2026, nous souhaitons également une meilleure structuration des voies d’accès, car la prolifération anarchique des routes constitue un véritable défi.

Depuis votre arrivée, quelles réalisations concrètes ont été enregistrées ?

Sur le plan infrastructurel, plusieurs bâtiments ont été construits, notamment un grand édifice actuellement en cours d’achèvement. Des contrats ont été signés avec des opérateurs qui disposent d’un délai de deux ans pour finaliser les travaux.

Sur le plan social, chaque année, nous distribuons des vivres et des non-vivres aux populations. Nous soutenons également de nombreux cas sociaux, souvent de manière discrète, afin de préserver la dignité des bénéficiaires.

Que pensez-vous de la traduction de certains chefs traditionnels devant le Conseil d’État ?

Ce n’est pas une situation normale. La justice doit avant tout garantir la paix sociale. Nos coutumes ne sont pas écrites, mais elles existent et sont respectées dans les villages.

Lorsque les villages sont apaisés. Laissons les communautés gérer leurs affaires internes dans le respect des traditions, sous la supervision de l’État, mais sans ingérence excessive.

Les chefs traditionnels sont-ils suffisamment protégés aujourd’hui ?

Non, clairement pas. Pourtant, le chef du village est un maillon essentiel de l’autorité de l’État. Il travaille parfois jusqu’à tard dans la nuit pour régler les conflits.

Il est donc nécessaire que l’État prévoit un minimum de protection pour les chefs traditionnels afin qu’ils puissent exercer leur mission sereinement.

Pour conclure, quel message adressez-vous aux populations en ce début d’année ?

Je formule des vœux de paix et de succès pour notre pays. car c’est dans un pays en paix que le développement est possible et que les investisseurs peuvent venir contribuer à l’essor de nos villages. À nos autorités, je souhaite sagesse et discernement dans l’exercice de leur mission.

À nos populations, je souhaite avant tout la santé. Je tiens également à remercier le Président de la République pour la reconduction du Premier ministre, un acte qui témoigne de l’efficacité de son action gouvernementale.

Interview réalisée par Léon SAKI

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