L’interpellation des autorités par des citoyens est un facteur de la démocratie active et un devoir civique lorsqu’ils sont témoins de dysfonctionnements et d’injustices. Elle permet de demander des comptes à ces décideurs publics, de protéger la communauté et de défendre les valeurs républicaines.
Le préfet est le supérieur hiérarchique du sous-préfet. Le sous-préfet est le représentant du préfet dans l’arrondissement, agit par délégation de celui-ci et relève directement de son autorité. Ce qui veut dire objectivement que le Préfet est malheureusement ou heureusement comptables de tous les actes posés par le Sous-préfet.
C’est à ce niveau qu’interviennent nos inquiétudes. Il existe des crises de chefferie partout en Côte d’Ivoire mais elles n’ont pas la même ampleur que celles qui sévissent dans le département d’Abidjan. Et c’est justement pour cela que le Chef de l’Etat a jugé impérieux de vous appeler auprès de lui, au regard des immenses qualités que vous incarnez.
En termes de nomination, s’il y a une chose qu’il faut reconnaître au Président Ouattara, c’est pour moi, sa capacité et la lucidité à mettre à la tête du département d’Abidjan, des Préfets compétents nommés sur la base de leur expérience.
Votre choix, après le départ du prestigieux Préfet Goun Germain dont le nom reste gravé dans le livre d’or de la ville d’Abidjan, n’est pas fortuit.
le préfet hors grade que vous êtes a vu ses qualités professionnelles reconnues le 5 septembre 2023 par le Chef de l’Etat à travers le prix d’Excellence de la meilleure autorité préfectorale de Côte d’Ivoire.
Monsieur le Préfet, vos actions, depuis Adzopé, restent encore vivaces dans nos esprits, lorsque vous avez géré, avec finesse, diplomatie et une habilité incroyable, le meeting du PPA-CI en 2022. Je ne mentionnerai pas ici le renforcement des mesures de contrôle sanitaire des animaux destinés à la consommation humaine dans le Gontoungo, des campagnes de prévention des maladies en réaction aux intoxications alimentaires récurrentes dans la région et de l’instauration d’un forum de sensibilisation des acteurs du secteur de l’Education contre les fléaux tels que les congés anticipés, la drogue et l’alcoolisme.
Je ne parlerai pas, non plus, de la plateforme pluridisciplinaire (multisectorielle) de veille et d’action à l’échelon départemental en charge de la cohésion sociale mise en place par vos soins en vue de prévenir les conflits, et enfin des 8 conflits majeurs liés à des problèmes de leadership politiques, fonciers, religieux ou de chefferie villageoise que vous avez pu dénouer en 5 mois seulement de fonction dans le Gontoungo (Oui, le président Ouattara ne nomme pas au hasard).
Cependant, Monsieur le Préfet, je parlerai de ce que mes yeux ont vu de vous et mes oreilles ont entendu.
J’ai été témoin de la diplomatie payante à Kassemblé et du coup de maître qui a permis de sauver ce village, vitrine de Songon. J’ai également assisté à votre intervention marquée de bon sens et de spiritualité à Abobo-Baoulé où la cohésion retrouvée a malheureusement été impactée par le Conseil d’Etat qui refuse de se déclarer incompétent face aux questions liées à la coutume, et continue de mettre à mal le travail des préfets.
Monsieur le Préfet, cette brillante carrière ne doit pas souffrir du novisme et de la défaillance de vos collaborateurs notamment les Sous-préfets, parce que là où vous intervenez directement, les choses se passent très bien.
Je parle toujours de ce que dont mes yeux sont témoins. Monsieur le Préfet, je vous adresse ces mots, pour vous interpeller sur les crises de chefferie à Songon Agban Attié 2, Brofodoumé et Ayéwahi.
LES FAITS TELS QU’ILS SONT
Chronologie des faits à Songon Agban Attié2
- Face aux graves violations des Us et Coutumes et à la mauvaise gestion de l’ancien chef du village des ressources liées au patrimoine du village;
- Face au mécontentement généralisé de la population, le Nanan est saisi;
- La destitution de l’ancien Chef est prononcé par les anciens et adopté par le Nanan;
- Le Nanan, seul habilité à désigner le Chef du village conformément aux Us et Coutumes convoque le Conseil des anciens;
- Des noms proposés sont soumis à la sagacité des anciens;
- N’CHO Jérôme Atsé est choisi par le Nanan comme le nouveau Chef du village;
- Une consultation populaire conduite par le Sous-Préfet, à la demande du Préfet Goun François, est pour la première fois organisée à Songon Agban Attié 2
- Le choix de l’honorable N’CHO Jérôme Atsé est entériné par l’arrêté préfectoral qui lui est attribué le 16 octobre 2023;
- L’intronisation du nouveau Chef du village est organisée et marquée par le parrainage du Premier Ministre, Beugré Mambé, le 19 avril 2025;
- Le Conseil d’Etat est saisi par l’ancien Chef du village en vue de l’annulation de l’arrêté du Nouveau Chef du village pour excès de pouvoir.
- Le Conseil d’Etat annule l’arrêté le 21 janvier 2026 et demande le retour aux affaires de l’ancien chef du village inculpé d’abus de confiance portant sur la somme de 2 milliards 795 millions 800 mille Frs (Voir AVIS DE COMMUNICATION DE LA PROCEDURE).

- Cette annulation est liée, selon le Conseil d’Etat, au procès-verbal du 12 octobre 2023 du Sous-préfet de Songon qui indique qu’il n’a jamais été question de consultation populaire relative à la désignation du Chef du village de Songon Agban Attié 2, mais plutôt d’une “Consultation populaire de règlement de crise”.
- Chose curieuse, le procès-verbal en question, depuis longtemps, réclamé au Sous-préfet par le nouveau chef du village, n’a jamais été remis jusqu’à la décision finale du Conseil d’Etat. Les avocats de la défense n’ont jamais eu la teneur d’une pièce aussi décisive à l’origine de la décision du Conseil d’Etat. Pourquoi?
Or, en matière judiciaire, toute pièce de chaque partie doit être remise à la partie adverse (communication) et au tribunal, spontanément et en temps utile, pour respecter le principe du contradictoire. Cette communication est essentielle pour garantir un procès équitable, permettant à chacun de connaître et discuter les preuves et moyens de fait/droit.
Pourquoi la défense n’a jamais eu connaissance de cette pièce du Puzzle très facile à déconstruire, même par le plus nul des avocats et pour cause.
En effet, dans son courrier du 04 octobre 2023 adressé au Doyen d’âge du village de Songon Agban Attié 2, en occurrence Nanan Atsé Jean, il est écrit ceci: “ Monsieur le Doyen d’âge – SONGON AGBAN ATTIE 2. Objet: Consultation populaire. Dans le cadre de désignation du Chef du village, j’ai l’honneur de vous informer qu’une consultation populaire aura lieu, le vendredi 06 octobre 2023, à partir de 10 heures, à la place publique du village. Vous voudriez bien inviter sans exception, l’ensemble de la population, à prendre part à cette consultation. Par ailleurs, je vous demande de prendre toutes les dispositions nécessaires pour le bon déroulement de cet événement. JEAN MARC SERI – Sous-préfet”

- Au regard et sur la base d’un tel document officiel mis ici en fac-similé, comment est-il possible pour le Sous-préfet de Songon de rédiger un procès-verbal “discret” pour faire croire au Conseil d’Etat qu’il n’était pas question d’une consultation populaire mais plutôt d’autre chose? IL EXISTE MÊME UN ENREGISTREMENT AUDIO COMPLET DE LA CONSULTATION POPULAIRE QUE LE SOUS-PREFET APPELLE DANS SON RAPPORT CONSULTATION POPULAIRE DE REGLEMENT DE CONFLIT.
- Le Préfet d’Abidjan, Goun Germain François, un administrateur Hors-grade, mondialement reconnu à travers des distinctions internationales pour ses compétences en matière de coordination des services de l’Etat et de contrôleur de la légalité, pouvait-il s’appuyer sur un tel acte pour délivrer un arrêté à un chef du village, s’il n’était pas question de consultation populaire?
- Comment un ancien chef qui a fait plus de 28 ans de pouvoir sans partage, destitué pour des faits graves et inculpé par le Pôle Pénal Economique d’Abidjan pour détournement et blanchiment d’argent portant sur la somme de 2 milliards 795 millions 800 Frs peut-il, à lui seul, prendre en otage tout un village?
Monsieur le Préfet, afin d’empêcher la nouvelle consultation populaire à Songon Agban Attié 2, l’ancien Chef Loba se rend le jeudi 02 avril 2026 au tribunal de Dabou pour assigner le Nanan, un centenaire, en référé d’heure en heure afin d’obtenir l’annulation de la consultation populaire. Le procès a lieu le vendredi 03 avril 2026, à la veille de la consultation populaire. Mais il est débouté par le tribunal qui se dit incompétent face au dossier.
Le samedi 04 avril 2026, jour de la consultation populaire, alors que les gendarmes se trouvaient sur place, des individus, une douzaine au total, armés de gourdins et d’armes blanches font irruption sur le site et saccagent tout, après avoir dit haut et fort qu’il n’y aura jamais de consultation populaire dans ce village. Les gendarmes sont restés inertes. Interrogés, ils disent n’avoir reçu ordre de leurs supérieurs d’intervenir. Entre temps, le Sous-préfet qui tardait à venir fit appel dans ses locaux au Nanan, au nouveau chef N’CHO Jérôme Atsé et à Loba Moussan Barnabé. Seul Loba Moussan Barnabé, l’ancien chef, ne se présenta pas. Le Sous-préfet expliqua qu’il n’arrivait pas à le joindre.
Monsieur le Préfet, jugez-en vous-même!
A demain pour les cas d’Ayewahi, qui s’apparente curieusement à celui de Songon Agban Attié 2 et Brofodoumé où un reglement de crise s’est brutalement transformé en Consultation Populaire.
Merci
Léon SAKI – Journaliste Professionnel
Vice-Président de l’Organisation des Journalistes Professionnels de Côte d’Ivoire (OJPCI)
Secrétaire Exécutif du Groupement des Editeurs de Presse en Ligne de Côte d’Ivoire (GEPELCI)
Fondateur du Journal Afrique Matin et Directeur de Côte d’Ivoire Télévision (CITV)