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Crise à Abobo-Té : Kokora N’goli François, grand médiateur, assène ses vérités, sans détour, aux dissidents

Issu de la génération Gnandô (classe d’âge Agban), Kokora N’goli François n’est pas un observateur ordinaire. Chef d’Abobo-Té de 1991 à 2001 et Médiateur de région de 1997 à 2023, l’homme incarne la sagesse locale.

Face à la crise de succession qui secoue le village d’Abobo-Té, Kokora N’goli François brise le silence. Ancien chef du village et médiateur chevronné, ce garant des traditions dénonce avec force les dérives d’une dissidence qui piétine les us et coutumes ancestraux au profit d’intérêts obscurs.

 

 «NOUS AVONS TOUT À GAGNER EN RESTANT UNIS». 

Je suis de la génération Gnandô et de la classe d’âge Agban. Chef du village de 1991 à 2001. Médiateur de région de 1997 à 2023. En 2023, j’étais en France pour des soins quand j’ai entendu dire qu’ici au village il y avait un conflit. La partie adverse m’a fait part de ses préoccupations: la nomination du Secrétaire général de la chefferie, une quarantaine de notables et le problème d’un compte qui a été ouvert en sa faveur. Pendant presqu’un mois, en tant que médiateur, de les faire revenir à la raison. Le principe était que nous nous réconcilions, nous nous asseyons ensemble pour procéder à des nominations, à des éliminations ou à des choix. Ce qui est important c’est la réconciliation. La partie adverse m’a caché beaucoup de choses. Elle ne m’avait pas dit qu’elle avait porté plainte au tribunal, qu’elle a saisi la police économique, et elle a saisi les huissiers.

Le Professeur DJAKO Arsène – Chef du village d’AboboTé

«DANS LA TRADITION TCHAMAN, UN INDIVIDU NE PEUT PAS PORTER PLAINTE CONTRE LE CHEF DU VILLAGE. IL NE PEUT PAS DEMANDER LA DESTITUTION DU CHEF DU VILLAGE. CELUI QUI PEUT DEMANDER LA DESTITUTION DU CHEF DU VILLAGE, C’EST LE DOYEN DU VILLAGE, LE NANAN».

Chemin faisant, j’avais prévu qu’on ait une grande assemblée générale le 28 novembre 2023 pour résoudre tous ces problèmes quand j’ai appris qu’il y avait une plainte au tribunal. Or ne peut pas faire une médiation quand i y a une plainte au tribunal. Donc je leur ai demandé de retirer la plainte pour que nous puissions parler . Il est vrai que je suis médiateur mais je suis très versé dans la tradition. Ils m’ont traité de tous les maux disant que je soutenais .

J’ai demandé qu’on retire la plainte avant de procéder à de nouvelles nominations.

Ils n’ont pas voulu et le 6 janvier, ils ont tenu une réunion au cours de laquelle ils ont proclamé un nouveau chef qui a été oint par quelqu’un qui est 2 fois moins âgé que moi, que moi j’ai vu naitre. Quelqu’un qui n’est pas le Doyen et qui n’appartient même pas à notre classe d’âge. Ce qui n’est pas normal.

C’est toute la tradition, tous nos Us et coutumes qui ont été bafoués par cette attitude. Un Chef de village est toujours oint par le Doyen, le Nanan.

Mais je voudrais vous éclairer sur un point. Dans la tradition Tchaman, un individu ne peut pas porter plainte contre le Chef du village. Il ne peut pas demander la destitution du Chef du village. Celui qui peut demander la destitution du chef du village, c’est le Doyen du village, le Nanan. Donc nos amis outrepassent le droit coutumier pour faire n’importe quoi.

Mais parmi ceux qui parlent, leur porte-parole, peut-être qu’il ne se connait pas lui-même. Il y a des choses que je ne voulais pas dire ici mais comme nous sommes à la recherche de la vérité, il faut le dire.

Moi, j’ai été chef de village. On m’a accusé d’avoir détourné l’argent du village, et on m’a démis. Celui qui m’a démis n’est autre que l’oncle du porte-parole de ce groupe. Il ne m’a pas démis parce que j’ai fait des détournements, mais il avait des soucis. Donc, il fallait m’enlever pour qu’il puisse cacher ces soucis-là. J’ai accepté. Quand j’étais à la chefferie, nous étions 16, dont 1 chef adjoint et 14 notables. Ce que je vais vous dire, vous pouvez demander à qui que vous voulez dans ce village. Tous ceux qui étaient avec moi à la chefferie Gnandô sont tous décédés. Je suis le seul vivant. Dans notre classe d’âge, nous étions plus 140 personnes quand nous avons fait notre sortie. Je suis le seul survivant.

Je vais vous dire une chose : dans la vie, il ne faut pas en vouloir à quelqu’un par haine. Dieu oint chacun selon sa capacité.

Les femmes étaient mobilisées

«QUAND VOUS ACCUSEZ QUELQU’UN, IL FAUT REGARDER TOUT AUTOUR DE VOUS SI VOUS N’ÊTES PAS VOUS-MÊME UN VOLEUR, OU DESCENDANT DE VOLEURS».

Celui qui parle, le porte-parole, je crois que c’est Nicaise. Son oncle s’appelle AGRO Julien, le frère de sa maman. Ce n’ai pas quelqu’un venu d’ailleurs. Quand il m’a renversé, il est devenu chef du village. Tout ce qu’il a fait, tout a été remis en cause. Le village avait des terrains au Dokui d’une superficie de 52 hectares, exploités par des Juifs qui ont construit des maisons.

Et puis, en 2006, quand il y a eu la guerre en Israël, ils ont abandonné le projet et ils sont partis. Son nom a détourné 292 500 000 Frs. Son oncle, je ne dis pas quelqu’un d’autre, le frère de sa maman, il est là, libre. Personne ne l’inquiète. Moi, qui l’a démis, je suis allé demander pardon aux villageois, d’abandonner ces 292 500 000 Frs. Qui peut faire ça ? Hein, c’est moi qui ai fait ça. Alors, quand vous accusez quelqu’un, il faut regarder tout autour de vous si vous n’êtes pas vous-même un voleur, ou descendant de voleurs.

Vous voyez, nous sommes dans un village où il faut faire très attention à ce qu’on fait et à ce qu’on dit. Moi, je n’ai pas peur. Je n’ai pas honte de moi-même. J’étais un beau garçon.

«TOUJOURS AU TRIBUNAL. PENDANT QUE LE VILLAGE A BESOIN D’EUX POUR SON DÉVELOPPEMENT, POUR FAIRE FACE AUX AFFAIRES COUTUMIÈRES, ILS FONT LA NAVETTE AU TRIBUNAL TOUS LES JOURS À CAUSE DE CE GROUPUSCULE DE DISSIDENTS». 

«PARMI CEUX QUI SE REBELLENT, QUAND VOUS LES REGARDEZ, EST-CE QU’IL Y A QUELQU’UN QUI A LA CARRURE POUR ÊTRE CHEF?»

Ce qui se fait est au-delà de notre compréhension. Un chef, une génération vous a passé le pouvoir et ça fait combien de temps ?

Vous avez réalisé quelque chose que nous autres, notre génération, n’a pas pu faire ? Les Dougbô ont commencé quelque chose, ils ne l’ont pas terminé. Ceux qui sont là aujourd’hui l’ont terminé. Ils ont des projets. Il font venir des investisseurs qui vont nous aider. Qu’est-ce que vous voulez ?

Parmi eux-là, les dissidents, quand vous les regardez, est-ce qu’il y a quelqu’un qui peut être chef du village ?

Quelle est le charisme qu’ils ont? Ils sont manipulés par un petit groupe. Parmi ces manipulateurs, un est décédé, un Dougbô, il y a trois semaines. C’est moi qui ait supplié la chefferie pour qu’on puisse faire ses obsèques parce qu’il était arrogant, il parle mal aux gens. Moi, je suis allé chez lui et il m’a renvoyé alors que je suis son aîné. Nous voulons vivre en paix dans ce village. Voici des gens qui sont au pouvoir, il n’y a même pas 5 ans et on ne leur laisse pas le temps de travailler. Toujours au tribunal. Pendant que le village a besoin d’eux pour son développement, pour faire face aux affaires coutumières, ils font la navette au tribunal tous les jours à cause de ce groupuscule de dissidents. Alors que l’argent pour lequel il y a problème est là. Il est dans un compte. L’argent est disponible alors pourquoi vous voulez créer des problèmes? Vous voulez qu’ils vous donnent ce argent vous allez le bouffer?

Chez nous, quand on dit qu’un chien a attrapé un gibier, il ne bouffe pas tout. Il bouffe un peu et puis le propriétaire du chien vient prendre le gibier. Et lorsqu’il prépare, il donne un peu au chien. Ça veut dire quoi?

«VOUS AVEZ EU 75 MILLIONS À 15 ET LE VILLAGE ENTIER A REÇU 80 MILLIONS POUR RÉCOMPENSER TOUS LES VILLAGEOIS, ENFANTS, FEMMES ET GARÇONS Y COMPRIS ENCORE EUX-MÊMES».

Votre génération a trouvé qu’il y avait un moyen d’avoir de l’argent à HMA. Vous avez envoyé cet argent. Ce n’est pas à vous de tout manger. Il appartient de donner cet argent au village. Maintenant le vilage peut vous récompenser. Mais vous avez des exigences. Vous êtes 15 et vous demandez 10 millions chacun. Le Doyen du village dit de vous donner 2 millions chacun parce que vous avez travaillé. Et le Chef du village pris sur lui de vous leur donner à chacun 5 millions, ce qui revient à 75 millions pour les 15 seulement. Et ils trouvent que ce n’est pas beaucoup. Qu’est-ce qui resterait si on partageait 5 millions à chacun de nous? Vous avez eu 75 millions à 15 et le village entier a reçu 80 millions pour récompenser tous les villageois, enfants, femmes et garçons y compris encore eux-mêmes. Et vous trouvez que ce n’est pas beaucoup. C’est de la faute à qui si vous êtes pauvres? Le Doyen du village a dit «finissons de construire, s’il en reste, on va vous en donner. Je crois que c’est sage. Ils ne veulent pas. Aujourd’hui cette maison est terminée grâce à ceux qu’ils trainent devant les tribunaux. Et ça fait la fierté du village.

«JE SUIS CONVAINCU QUE LE TRIBUNAL EN APPEL VA ANNULER LA PREMIÈRE DÉCISION PARCE QU’ELLE N’EST PAS FONDÉE».

A Aboboté ici nous n’avons pas de revenus si ce n’est pas cet immeuble. Par conséquent, je dis que nous avons tout à gagner en restant unis. Tous les villages Ebrié ont des bitumes partout. Je suis allé hier à Abobo-Baoulé, quand je marche, je ne salie pas mes pieds. Mais ici, quand il y a un décès qu’il pleut mais c’est la honte. Voyez notre rue centrale, elle est impraticable alors que nous avons été le tout premier village loti. Nous avons tout à gagner en restant unis. Malheureusement, il y a un petit groupe, le porte-parole et ses deux oncles, qui sont des fauteurs de troubles. Et pourtant ceux-là n’ont pas le droit de parler ici à Aboboté en tant que citoyens libres. Je ne les insulte pas mais c’est une vérité. Je le répète, nous allons nous entendre, parce que dans tout pays au monde, il y a toujours l’opposition. Mais il faut que ce soit une opposition constructive. Or cette opposition chez nous est destructive. Nous n’allons pas continuer à les subir. Nous allons avancer. Moi, je suis convaincu que le tribunal en appel va annuler la première décision parce qu’elle n’est pas fondée. Qu’ils veulent qu’ils ne veulent pas, voici notre chef. Quand je regarde dans leur groupe, il n’y a personne qui mérite d’être chef. Le professeur Djako Arsène est notre chef et nous allons l’entourer. Nous allons essayer de rebâtir ce qu’ils veulent détruire afin qu’Aboboté soit reluisant.

Léon SAKI

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