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BODO: un fils du village sonne l’alerte

Antoine Assalé Tiémoko l’avait dit clairement sur une chaîne de télévision, sans détour : la prochaine grande crise qui attend la Côte d’Ivoire, c’est la crise foncière. Pas une crise qui vient une crise qui couve déjà sous les pieds de tout le monde.

Samedi 9 mai 2026. Village de Bôdô, sous-préfecture de N’Douci. Le ministre Pierre Dimba se rend sur place pour convaincre les populations d’accepter 1 000 FCFA le mètre carré dans le cadre d’un projet de plateforme économique. Les propriétaires terriens refusent. La réunion dégénère. Le ministre est exfiltré en urgence. 50 personnes arrêtées. Un village fantôme. Des douilles de grenades lacrymogènes dans la cour des ancêtres.

Comment en arrive-t-on là ? Par une erreur fondamentale que l’État commet depuis des décennies et refuse de corriger.

En Côte d’Ivoire, lorsque l’État arrive dans un village pour un projet, lorsqu’un investisseur vient acquérir des terres, ils s’assoient avec qui ? Avec le chef. Ils négocient avec le chef. Ils signent avec le chef. Comme si le chef était le propriétaire. Comme si sa signature valait titre foncier.

Mais le chef de village n’est pas un propriétaire. Il ne l’a jamais été. Le chef est un garant, un gardien de la cohésion communautaire et de la mémoire collective des terres. Ce sont les familles, les lignages, les héritiers directs qui sont propriétaires. Et eux, personne ne les consulte. Personne ne s’assoit avec eux. On leur annonce la transaction quand les pelleteuses sont déjà en route.

Ce problème s’est aggravé avec un phénomène nouveau et silencieux. Des fonctionnaires partis à la retraite les mains vides qui ont servi l’État pendant 30 ans et qui veulent continuer de vivre une vie de LOUGAH se retrouvent aujourd’hui à la tête de nos villages. Et ils ont emporté avec eux tout ce qu’ils ont appris dans les couloirs de l’administration : la corruption. Hier ils signaient des marchés douteux derrière des bureaux climatisés. Aujourd’hui ils bradent les terres ancestrales depuis la véranda du chef.

Le résultat, c’est Bôdô. C’est N’Douci. C’est tous ces villages qui brûlent en silence depuis des années et qu’on appelle pudiquement des « conflits intercommunautaires » pour éviter de nommer la véritable cause : une politique foncière qui dépossède les populations en s’appuyant sur ceux qui n’ont aucune légitimité à vendre.

La solution existe. Elle est simple. Elle est juste. L’État doit changer de procédure. Cesser de négocier avec les chefs comme s’ils étaient les seuls interlocuteurs légitimes. Identifier, consulter et indemniser directement les véritables propriétaires terriens. Pas à 1 000 FCFA le mètre carré. À un prix juste, négocié avec ceux qui ont le droit de refuser.

Tant que cette réforme ne sera pas faite, Bôdô ne sera pas le dernier village à brûler.

Kouakou Koffi Donald

 

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