Le 12 novembre 2025, l’arrêté préfectoral du Chef N’cho Jérôme Atsé a été annulé par l’arrêt N°520 du Conseil d’État. La raison officielle évoquée par la haute juridiction administrative s’appuie sur le procès-verbal du 12 octobre 2023 du Sous-préfet de Songon, indiquant qu’il n’avait jamais été question de consultation populaire le 06 octobre 2023 pour la désignation du Chef du village de Songon Agban Attié 2, mais plutôt d’une rencontre de règlement de crise.
Et pourtant, le courrier officiel du Sous-préfet adressé au Nanan Atsé le 04 octobre 2023 indique tout le contraire :
« Monsieur le Doyen d’âge – SONGON AGBAN ATTIE 2. Objet : Consultation populaire. Dans le cadre de désignation du Chef du village, j’ai l’honneur de vous informer qu’une consultation populaire aura lieu, le vendredi 06 octobre 2023, à partir de 10 heures, à la place publique du village. Vous voudriez bien inviter sans exception, l’ensemble de la population, à prendre part à cette consultation. Par ailleurs, je vous demande de prendre toutes les dispositions nécessaires pour le bon déroulement de cet événement. JEAN MARC SERI – Sous-préfet ».
Voici précisément là où le Conseil d’État commet parfois des erreurs factuelles qui sont loin de plaire aux populations. Car il existe bel et bien des documents écrits adressés aux administrés invitant à une consultation populaire, sans compter un enregistrement audio entier dans lequel le Sous-préfet Jean-Marc Séri dirige lui-même l’événement.
Au-delà de ce imbroglio juridique, la seconde et principale préoccupation des populations est aujourd’hui liée à l’attitude et au mutisme du Préfet vis-à-vis du village.
En effet, il est de coutume et connu de tous que lorsqu’un arrêté de chefferie est annulé par le Conseil d’État, le Préfet se rend en personne dans la localité concernée ou y mandate l’un de ses proches collaborateurs — généralement son premier Secrétaire Général ou le Sous-préfet. Cette démarche essentielle a pour but d’expliquer de vive voix aux populations la décision de l’autorité administrative judiciaire et d’indiquer clairement la feuille de route à suivre face à la situation. En l’absence d’une telle intervention officielle, le chef dont l’arrêté est annulé continue légitimement d’exercer ses charges ordinaires jusqu’à la venue de l’administrateur.
Cette procédure de bon sens s’est pourtant vérifiée partout ailleurs. Ce fut le cas à Adjamé-Bingerville avec le Préfet Goun Germain lorsque son arrêté délivré à Awaka a été annulé. Ce fut également la norme observée à Abobo-Baoulé, à Elokaté, à Yopougon-Kouté ou encore à Songon-Té. Dès lors, face au blocage actuel, une question demeure sur toutes les lèvres : que nous vaut le silence du Préfet à Songon Agban Attié 2 ?
Le Préfet de région, Préfet du département d’Abidjan, reste le seul garant de la légalité et le seul habilité à trancher la question de la chefferie à Songon Agban Attié 2. Comme l’a rappelé le 1er Secrétaire Général de la Préfecture d’Abidjan lors d’une intervention à Yopougon-Kouté, le Conseil d’État n’a pas le pouvoir de désigner un Chef de village ; son rôle se limite strictement à l’annulation ou à la validation d’un arrêté préfectoral. La nomination d’un chef relève de la compétence exclusive de l’autorité préfectorale.
Après l’annulation de l’arrêté du Chef N’cho Jérôme Atsé par l’arrêt N°520, le Sous-préfet de Songon avait formellement demandé aux deux parties d’observer le statu quo en attendant le déplacement officiel de l’administration dans le village. Malgré cette consigne et les mises en garde, l’ancien Chef, Loba Moussan Barnabé, mène des actions d’envergure qui s’apparentent à un passage en force : destruction des affiches et pancartes à l’effigie du Chef N’cho Jérôme Atsé, publication de communiqués et courriers officiels sous le titre de Chef du village, signature de conventions de construction de marché et engagement d’opérateurs pour le reprofilage de voies, délivrance d’attestations villageoises.
Face à ces actes posés au mépris des consignes de la sous-préfecture, l’absence de réaction ferme de la tutelle fragilise l’autorité de l’État. La question reste donc entière et plus pressante que jamais : que nous vaut le silence du Préfet à Songon Agban Attié 2 ?
Par Léon SAKI