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Le calvaire de Songon Agban Attié 2 : Quand un village est privé d’eau potable par un individu

À Songon Agban Attié 2, l’eau n’est plus synonyme de vie, mais de survie. Aujourd’hui, 90 % de la population locale subit une pénurie d’eau potable sans précédent. Derrière ce drame quotidien se cache une décision révoltante de l’ancienne chefferie, qui a délibérément sacrifié le bien-être des villageois au profit d’intérêts personnels.

Pour comprendre l’origine de cette crise, il faut remonter à l’année 2019. Dans le cadre du programme national « Eau potable pour tous », l’État de Côte d’Ivoire engage une vaste opération sociale. L’objectif est clair : subventionner l’adduction en eau potable de six villages de la sous-préfecture de Songon, à savoir Songon Agban Attié 1 et 2, Koloukro, Adokoi 1 et 2, et Gnikro.

Grâce à cette politique publique, le coût d’acquisition du compteur d’eau passe à seulement 10 000 FCFA, une opportunité historique pour ces communautés rurales. Mais à Songon Agban Attié 2, le projet va brutalement dérailler.

À l’étonnement général, l’ancien chef du village, Loba Moussan Bernabé, s’oppose catégoriquement à cette offre salutaire. L’hostilité est telle que les agents de la Société de distribution d’eau de la Côte d’Ivoire (SODECI), venus pour installer les infrastructures, sont pris à partie, molestés et chassés du village.

Pour justifier l’injustifiable, l’ex-autorité coutumière prétend alors publiquement que le village n’a pas besoin du réseau de la SODECI, prétextant l’existence d’un forage local suffisant pour couvrir les besoins de la communauté.

La réalité derrière ce refus est bien plus sombre. Selon les témoignages unanimes des populations locales, ce choix cachait un calcul purement mercantile. L’accès au fameux forage du village n’a jamais été gratuit : chaque goutte d’eau y est facturée aux habitants, qui doivent en plus endurer le calvaire physique du transport des bassines et des bidons sur de longues distances.

En bloquant l’arrivée des compteurs individuels à bas prix, l’ancien chef protégeait en réalité son monopole et une source sûre et lucrative de revenus personnels, au détriment de la santé et de la dignité de ses administrés.

Aujourd’hui, le constat est amer. Alors que les villages voisins savourent le confort de l’eau courante à domicile, Songon Agban Attié 2 paie le prix fort de la cupidité. Privés d’une infrastructure vitale, les villageois continuent de crier leur détresse et interpellent désormais les nouvelles autorités pour réparer cette injustice flagrante.

L’avènement au pouvoir du nouveau Chef, N’cho Jérôme Atsé, laissait pourtant entrevoir une lueur d’espoir pour les villageois assoiffés. Malheureusement, il s’est heurté au refus catégorique de l’ancien Chef, Loba Moussan Bernabé, de céder les instruments de gestion locale. Parmi ces outils confisqués : les clés indispensables du forage communautaire. Un acte d’obstruction directe qui a immédiatement prolongé le calvaire des populations.

Face à ce blocage, la nouvelle chefferie légitime ne capitule pas. Elle engage de lourdes démarches auprès de l’Office National de l’Eau Potable (ONEP) afin de réintégrer le village dans le projet promotionnel d’adduction initialement rejeté.

Doc 1

 

Dans un courrier poignant daté du 26 novembre 2025 (voir doc 1), le Chef N’cho Jérôme Atsé lance un véritable cri du cœur au Directeur Général de l’ONEP, dénonçant une situation intenable où l’ancien chef « séquestre la population par le moyen de l’eau », et sollicite en urgence le secours de l’État.

Sensible à cette détresse, l’ONEP réagit promptement. Le 4 décembre 2025 (voir doc 2), l’institution enjoint officiellement la SODECI de procéder au branchement subventionné des habitants. L’enthousiasme est général : une liste de 322 demandeurs de compteurs est rapidement dressée et transmise aux autorités administratives.

Doc 2

C’est précisément durant cette phase d’attente cruciale, alors que les techniciens de la SODECI s’apprêtaient à intervenir, que tombe le couperet : l’arrêté de nomination du Chef N’cho Jérôme Atsé est subitement annulé par le Conseil d’État pour des motifs que seul sait le Sous-préfet Jean-Marc Séri.

Profitant immédiatement de ce vide juridique, Loba Moussan Bernabé reprend l’offensive. Dès le 3 février 2026 (Voir doc 3), il adresse une correspondance à la direction de la SODECI pour s’autoproclamer à nouveau Chef du village. Chatouillée par les violences passées subies par ses agents, la compagnie de distribution choisit la prudence et gèle sine die toutes ses interventions sur le terrain. Le projet est de nouveau paralysé.

Doc 3

Aujourd’hui, la crise a franchi un palier dramatique. Après avoir orchestré la fermeture du premier forage communautaire et bloqué le déploiement de la SODECI, l’ex-chef Loba Moussan Bernabé vient de faire ériger un nouveau forage privé. Mais le dispositif souffre d’un filtrage odieux : l’accès à cette eau vitale est strictement réservé à ses seuls partisans.

Cette discrimination insoutenable rejette plus de 90 % de la communauté villageoise dans une précarité hydrique absolue. Face à cette situation humanitaire explosive, les habitants crient au scandale et lancent un SOS pressant aux autorités administratives et préfectorales.

Au sein des familles privées de tout, une question lancinante et lourde de sous-entendus tourne désormais en boucle : « Qui protège réellement Loba Moussan Bernabé ? » Comment un individu, déjà sous le coup de lourdes condamnations judiciaires, peut-il continuer à s’adonner à de tels abus sur sa propre population, dans une impunité aussi totale ? L’administration préfectorale est désormais face à ses responsabilités.

Par Léon SAKI

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